dimanche 17 avril 2011

Transport


Avant de quitter la France, j'ai laissé un message à une entreprise de VSL.

Qu'est-ce qu'un VSL ? Un véhicule sanitaire léger. En clair un véhicule normal, avec une jolie croix d'ambulance.

Pour la chimiothérapie, je ne me suis même pas posée la question. Une fois toutes les 3 semaines, il y a moyen de s'arranger avec le famille. Mais pour la radiothérapie, qui a lieu tous les jours, c'est une autre paire de manches.

Tout le monde m'ayant bien précisé qu'il était extrêmement difficile d'avoir un VSL, et qu'il fallait s'y prendre à l'avance afin d'être sur leur planning, j'avais laissé un message avant mon départ de Paris, donc vers le 1er décembre. No news.

Quelques jours avant mon retour à Paris, j'ai donc rappelé Primus Ambulances (la boîte que j'avais contactée sur recommandation de la clinique). Chose assez amusante, ils venaient de me laisser un message chez mes beaux-parents. Bref, je laisse un message sur la boîte vocale et on me rappelle aussi sec à Los Angeles. Wouaouh ! Je suis blufée; ça ne ressemble tellement pas à l'image des boîtes françaises !!! Je promets de rappeler lorsque j'aurai mon planning.

Me voici à Paris. J'ai un premier rendez-vous afin de caler la machine. Je ne suis même pas sortie de ce premier rendez-vous que Primus Ambulances m'a déjà rappelée pour connaître mes rendez-vous. Oh les gars du calme, je ne suis pas habituée à autant d'efficacité de la part d'une boîte française !!!

Bien, les choses se mettent en place. La clinique  qui me suit est géniale, mais les rendez-vous de radiothérapie ne sont pas réguliers. En clair, c'est un jour à 8h30, le lendemain à 16h30 et le surlendemain à 12h00. Bref, de quoi devenir chèvre ! Surtout que cela va durer deux mois !!!

Deux mois durant lesquels ces fichus horaires vont être le centre de votre vie. Deux mois durant lesquels votre emploi du temps va dépendre des autres. Un peu crispant.

Chaque séance de radiothérapie va durer 3 minutes. Mais le trajet pour aller de Versailles à Boulogne va durer au moins 40 minutes aller-retour (enfin ça, c'est aux heures creuses et dans le meilleur des cas !). Vous avez intérêt à ce que ça se passe bien ! Si votre chauffeur est un fieffé connard, tant pis pour vous ! Finalement, le temps de transport devient primordial.

J1 avec le VSL. Grosse surprise. Vous savez que si ça ne colle pas, vous êtes tout à fait capable de renoncer au VSL et de vous taper les trajets en transports en commun. Oui, vous avez assez mauvais caractère pour aller jusque-là ! Donc, l'heure est grave.

Vous voyez arriver un mec au look plutôt cool qui vous met à l'aise. Bon, ça démarre plutôt bien. Il est à l'heure et ne vous toise pas. Votre côté rebelle, déjà prêt à prendre la tangente se calme et vous êtes prête à prolonger l'expérience.

Vous avez eu affaire au chef. Mais pif paf pouf, vous vous retrouvez avec un employé le samedi matin. Sale bique que vous êtes, tous vos sens sont en éveil. Rien à redire. Là encore votre trajet se passe dans les rires et la bonne humeur.

Vous vous rendez vite compte que les trajets sont plus importants que les rayons en soi. C'est peut-être dû à votre caractère mais qu'importe. Vous ne prêtez guère attention aux rayons… c'est une étape obligée et selon vos habitudes, vous ne vous posez aucune question quant aux effets secondaires éventuels. Résultat des courses, vous passez à travers tous les effets secondaires. Pas de brûlures (mais vous avez à cœur de vous tartiner de Biafine tous les soirs), ni pendant ni après.

Par contre vous êtes ravie de vos trajets. Que ce soit avec le grand chef ou avec ses acolytes, une ambiance de franche camaraderie s'est installée. Vous n'allez donc pas à l'abattoir. Vous passez des moments fort agréables avant et après des moments incontournables.

Vous appréciez le professionnalisme de la boîte : savoir vous prévenir en cas de retard, tant de leur part que de celle de la clinique. Vous n'êtes donc pas du bétail. Remarquez, vu votre bon caractère, c'est mieux ainsi !

Finalement ces moments de franche rigolade et de bonne camaraderie ont définitivement pris le dessus sur tout le reste. Merci les gars. Votre rôle est si important sur le chemin de le guérison ! Je vous embrasse du fond du cœur !

Yiha !

lundi 11 avril 2011

Période de répit


4 décembre 2010 : retour à Los Angeles.

Deux mois et demi pour le moins difficiles viennent de s'écouler loin de l'homme de ma vie et de la Chups. J'ai subi une intervention chirurgicale le 22 novembre, la dernière chimio le 1er décembre et un temps hivernal comme je n'en ai pas vécu depuis des années. Froid de gueux, neige (ça c'était chouette !), vent glacé. Bref, il me tarde d'aller faire le plein de soleil, et donc d'énergie, pendant un peu plus d'un mois avant de revenir attaquer la radiothérapie.

Me voici donc sagement à la porte d'embarquement, avec mon turban sur la tête, à lire depuis plus d'une heure. Je sens que l'appel va commencer, je suis crevée et l'idée de piétiner me fatigue encore plus. Allez hop, on y va au culot. Qui ne tente rien n'a rien. Ils appellent les prioritaires; j'explique mon cas, et en voiture Simone, je passe devant tout le monde. Un embarquement de rêve ! Alors que les gens se bousculent et cherchent une place pour leur bagage à main, je suis déjà confortablement installée. Quelle chance !

J'ai devant moi douze heures de vol et un décalage de 9h00 qui m'attendent. Comme à mon habitude, je ne me demande pas comment je vais le gérer. Je prends les choses comme elles viennent… sinon on n'en sort pas. Déjà, le scoop de l'année, c'est que je parviens à dormir un peu dans l'avion, par petits tronçons. La seule chose dont je souffre, c'est le déshydratation… la peau de mes mains tire et je n'ai pas de crème sur moi bien sûr. Quant aux hôtesses, elles prétendent ne pas en avoir. Et mon œil, t'as vu comme il est marron : elles en ont pour les premières !

Bien que n'aimant pas les anticipations négatives, je sais d'expérience que l'arrivée à LA va être un enfer. Au moins une heure à piétiner, et je suis gentille ! Si je ne me sentais pas le courage de piétiner un quart d'heure avant le décollage, vous imaginez à quel point je m'en sens de taille après douze heures de vol. Je vais donc interroger le steward. La solution : demander un fauteuil roulant pour l'arrivée. Ça me semble extrême; j'ai l'impression, certes ridicule, d'usurper la place d'autrui, mais sous prétexte de scrupules idiots, je ne vais pas non plus me mettre encore plus à plat. Allons-y pour le fauteuil roulant.

Je n'ai jamais passé les douanes aussi rapidement ni aussi facilement. Ça existe ça ??? Ouh yeah ! Le charmant jeune-homme qui pousse mémé dans son fauteuil, doit en plus tirer le bagage de la dame, faute d'avoir trouvé un porteur. Il s'en est sorti comme un chef mais là, il s'arrête perplexe. Et pour cause, pour atteindre la sortie, à droite comme à gauche, il faut monter une cote. Qu'à cela ne tienne, je vais descendre du fauteuil, lui dis-je. "Mais, vous êtes sûre que vous pouvez ? ". He oh, là, on se calme. Fatiguée, certes, mais encore capable de mettre un pied devant l'autre. A 41 ans avec juste une chimio, il ne faut rien exagérer tout de même ! Bref, nous plantons le fauteuil roulant et c'est parti. Heureusement. Je pense que c'eut été un choc tout à fait inutile pour mes loulous de me voir arriver ainsi. Oh que c'est bon de les serrer dans mes bras !!!

La Chups a encore deux semaines d'école avant ses premières vacances de l'année. Il va falloir que je reprenne le flambeau : réveil à 6h30, préparation de la lunch box et certains trajets à l'école. A vrai dire, je passe ces deux semaines en mode automatique, version zombie au radar. Certains matins, je suis incapable d'émerger, surtout les premiers jours et c'est l'Homme qui doit gérer. Voici un exemple de mon état : le premier vendredi après mon retour, je suis invitée à déjeuner chez une amie avec Copine. Ce matin-là, j'assume le minimum syndical; réveil, petit déjeuner, lunch box et déposer la Chups à la station essence pour covoiturage. Cet après-midi, ce n'est pas moi qui vais à l'école et Copine propose de venir me chercher pour le déjeuner. Donc, une journée très très relaxe en perspective. Incroyable mais vrai, je suis rentrée du déjeuner, où nous n'étions que trois, vidée de toute énergie. Oh que ça m'a énervée !

Cet état léthargique fait que je n'ai pas de souvenir particulier de ces deux semaines. Si, juste un. Quelques jours après mon arrivée, mes mains se sont mises à me brûler de façon terrible, elles étaient rouges. La peau partait par plaques. Très joli ! Des mains de lépreuses. Et la tonne de crème appliquée quotidiennement n'y changeait rien. Conséquence directe de la déshydratation subie dans l'avion. C'est juste anecdotique… j'ai retrouvé mes jolies mains !

Enfin les vacances ! Dire ça quand on n'a rien fichu depuis des mois, c'est un comble. C'est pourtant bel et bien ce que je ressens. L'idée de ne pas entendre le réveil le matin est source d'un immense bonheur !

Bien. Noël en famille quand la famille se borne à papa, maman, fifille, ce n'est pas forcément top (surtout pour fifille et surtout quand l'Homme déteste Noël). Il faut donc rendre les choses un peu attractives. L'an passé, nous avions choisi la Vallée de la Mort. Le 24, nous avions fait une virée à Las Vegas avec spectacle de David Copperfield et dîner dans un bon restaurant français. De retour à l'hôtel dans la Vallée, ouverture des cadeaux. Alors, cette année ?

Il s'agit de faire dans le facile, parce qu'il y a mamie à bord ! Je suis hors d'état de nuire mais aussi hors d'état de crapahuter. Nous posons notre dévolu sur San Diego. Deux heures de route ne devraient pas épuiser la vieille. Et tant qu'à faire, nous emmenons une amie de la Chups, histoire que ce soit plus amusant pour elle. Nous partons le 19 et ramènerons son amie le 23. Quant à nous, nous prolongerons jusqu'au 25, Noël oblige.

Le soleil. Ah, le soleil tant attendu ! Le dispenseur d'énergie tant convoité ! Alors, c'est bien simple, on oublie le soleil. Voilà. Disparu. Rayé des cartes de Californie. En lieu et place, vous mettez des pluies diluviennes à partir du 19 décembre. Et pluies diluviennes ici, c'est quelque chose. Ça veut dire routes inondées, glissements de terrains, maisons détruites et, le moindre mal, coupures de courant. Et histoire de compléter le tableau, vous ajoutez un vent à décorner les bœufs.

C'est donc dans ces conditions, qui sous-entendent qu'il fait nuit en plein jour, que nous faisons la route de Los Angeles à San Diego. Bon, ça ne va pas durer, n'est-ce pas ? Alors là, tout faux. Ça dure et ça dure et ça dure ! Que faire pour occuper les donzelles ? J1 : du patin à roulettes dans un lieu couvert prévu à cet effet. Passionnant pour les vieux ! J2 : patin à glace. Toujours aussi folichon pour les vieux qui passent le temps dans un supermarché asiatique voisin (on fait ce qu'on peut!) suivi d'un passage éclair au musée de l'homme avec des filles qui font à moitié la tête. J3 : retour au musée. Les filles font moins la gueule. Elles vont de leur côté, nous du nôtre, ça évite les tensions. J4: dernier jour avec la copine. Coup de bol, il y a une embellie. Grande ballade à bicyclette le long de l'océan. Ah tout de même !

Fidèle à mon rôle de zombie, j'ai plusieurs fois abandonné l'Homme avec les filles; après cette route harassante, (j'étais passagère quand même !), ils se sont fait une toile pendant que je retrouvais les bras de Morphée. Mais, nous avons aussi inversé : escapade au restaurant en amoureux pendant que les ados refaisaient le monde avachies sur leur lit. Le 23 au soir, je laisse tout le monde partir pour raccompagner D, et je vais me coucher. J'ai bien fait, mes loulous sont rentrés à 3h00 du matin. Pas une heure pour se coucher à 90 ans !

Le 24, nous avons une trêve. Le soleil nous honore de sa présence. Histoire de ne pas en perdre une miette, nous nous installons autour de la piscine. Ce qui est pris n'est plus à prendre. Et le soir, restaurant français (oui, c'est une fixette) et ouverture des cadeaux de retour à l'hôtel. Et cette année encore, c'est super sympa.

Le 25, retour au bercail. Nous avons du nez car, à peine arrivés depuis une heure, c'est reparti pour la pluie. Et ça va être ça toute la semaine. Je crois que je passe plus de temps dans mon lit que debout !!! Ça, ça s'appelle des vacances ! Du coup, les deux semaines avant mon départ, je suis capable d'assumer mon rôle correctement.

Depuis le 15 décembre, je suis malade. Fidèle à moi-même, je ne suis pas allée chez le médecin. Je tousse comme une caisse, surtout la nuit. A tel point que je dois aller dormir dans le salon sinon je fais subir un enfer à mon Homme. Bon, à ce stade-là, je me décide à aller consulter. Oui, je sais, je suis grave. Résultat des courses : bronchite asthmatiforme. C'est la troisième en un an et demi. Je n'avais jamais eu ça avant. Il va falloir que je consulte un pneumologue à Paris, mais je crois que je suis asthmatique. Y aurait-il des choses qui m'auraient pompé l'air ces derniers temps ???

Et voilà, mon séjour californien touche à sa fin. Je dois repartir deux mois pour la radiothérapie. Hauts les cœurs, c'est la dernière ligne droite.

En attendant, ce mois de décembre a été le plus pluvieux à Los Angeles depuis 1889. Ils l'ont fait exprès pour que je ne regrette pas trop d'avoir à repartir en France, vous croyez ?

Yiha !

jeudi 31 mars 2011

Billet d'humeur : sur la pointe des pieds



Chaque jour je reprends pied dans mon quotidien et j'ai l'impression de le faire sur la pointe des pieds. J'y vais par petite touche, les sens en éveil. Comme si je faisais ces choses pour la première fois.

Les françaises qui habitent ici (Los Angeles) savent à quel point faire les courses est un acte quotidien avec des magasins divers selon les denrées recherchées. Mon fournisseur favori est et reste Trader Joe. A la grande surprise de mon cher et tendre, j'ai mis plus d'une semaine avant d'y mettre les pieds. Je ne saurai en expliquer la raison. Je ne voulais pas que ce soit une geste d'habitude mais j'attendais d'en avoir envie. Voilà, c'est ça. Je veux faire les choses avec envie et plaisir. Et en effet, le jour où j'y suis retournée, j'étais contente. J'ai apprécié les étales colorés, les étiquettes faites à la main, le sourire du caissier, la taille humaine du magasin.

Chaque chose que j'accomplis, même si je l'ai déjà faite mille fois, je la vis comme si c'était une première fois. C'est merveilleux. Alors je ne veux pas gâcher ce bonheur en en faisant trop d'un coup.

Ce matin, je me suis retrouvée dans un parc que je connais par cœur. Et pour cause, il se trouve à côté de chez la prof de piano de la Chups. J'y vais donc souvent. Je n'y étais pas retournée depuis des mois. Le soleil était radieux. Je suis entrée dans le parc tout doucement, les sens en éveil; j'ai goûté avec délectation les caresses du soleil, mon odorat s'est régalé de l'odeur d'herbe fraîchement coupée, mes yeux étaient ravis de regarder les enfants jouer dans le sable et les adultes s'adonner à leurs sports favoris. Puis je suis allée m'asseoir et j'ai écouté le chant des oiseaux. Voilà, rien d'extraordinaire, si ce n'est la vie.

Chaque chose doit être un plaisir, même les corvées. J'entends par corvées, ce qui doit être fait, qu'on le veuille ou non (lavage, repassage…). Mais selon la manière dont on les aborde, elles peuvent être corvées ou plaisir. Alors maintenant, c'est simple, si j'ai du linge à laver à la main, je n'en fais pas toute une montagne mais je m'y mets lorsque j'en ai envie. Il en va de même pour tout. Et c'est magique… du coup c'est indolore et je le fais finalement plus rapidement que lorsque j'érigeais cela en obligation.

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain:
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

Pierre de Ronsard - 1578 - Sonnets pour Hélène

Yiha


mardi 29 mars 2011

Billet d'humeur : il en faut peu pour être heureux


Vous vous souvenez de la chanson de Baloo dans Le livre de la Jungle ? "Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux…" C'est la première chose que je me suis dite ce matin en me levant.

Une bonne nuit de sommeil, une maison vide et calme, le café qui coule dans la cafetière et un rayon de soleil sur le balcon. Le bonheur absolu.

A force de courir après le temps, à force de m'être toujours donnée des obligations à grands coups de "il faut", "je dois", je m'aperçois à quel point je suis passée à côté de la vie. Combien de fois en fin de journée ai-je eu le sentiment de n'avoir rien fait alors que je n'avais pas arrêté ? Ah oui, mais je n'avais pas fait TOUT ce que j'aurais voulu faire.

Alors hier fut un grand jour. Une révolution dans mon petit monde.

Chupachups est en vacances depuis trois jours et mon homme est à l'autre bout du monde depuis dix jours. Ma douce ado devait aller hier dormir chez une amie. Ces demoiselles s'étaient mis en tête d'aller dans un parc d'attraction à Pétaouchnoque les bains aujourd'hui. On a bien tenté de me transformer en chauffeur. Alors, avant, me disant que c'était leurs vacances, qu'enfin la Chups avait une vie sociale et bla bla bla et bla bla bla, il y a fort à parier que j'aurais endossé le rôle de chauffeur et que j'aurais eu une journée atroce dans la mesure où je hais les parcs d'attraction ! Là, m'étant programmée pour avoir deux jours à moi et estimant qu'avoir géré une fête de 26 ados deux jours auparavant était une belle contribution à la vie sociale de la miss, j'ai accepté de financer l'entrée du parc d'attraction. Pour le reste, débrouillez-vous.

Donc hier, hormis accompagner la Chups chez son amie, à 35 kilomètres de la maison tout de même, pas de programme établi. Grand secret, grande découverte, révélation absolue ! Ne m'étant créée aucun contrainte pour la journée, j'ai eu le soir un ressenti inconnu jusque-là : celui d'avoir passé une journée très agréable alors que j'avais fait mille petites choses, dont plein de corvées disons-le. Deux secrets : pas d'auto-contrainte et un vrai moment de détente égoïste dans la journée.

Pour la première fois depuis de années, je me suis couchée contente de moi. Cela augure forcément une bonne nuit et un agréable réveil le lendemain.

Donc, voilà, ce matin je me suis levée avec la banane. J'ai apprécié le calme de la maison. J'ai adoré que mon regard embrasse une maison rangée (euh oui, parce que laisser la maison à mon homme m'a valu quelques touffes de cheveux en moins au retour). Et j'aime écrire en sirotant mon café au soleil sur le balcon.

Vive la Californie.

Yiha !

mercredi 23 mars 2011

Mon tombeur de père



Mon père était un très bel homme. A sa beauté s'ajoutait une grande classe, une éducation irréprochable et un goût vestimentaire sûr.

Non content de ces atouts, il avait appris à parler aux femmes (et à mon avis, pas seulement !). Bref il était un charmeur et un tombeur de première.

Je ne l'ai certes pas connu à ses heures de gloire puisqu'il m'a eue, comme on dit, sur le tard.

J'ai pendant longtemps regardé son appétence pour la gent féminine d'un très mauvais œil. Un tombeur fait par définition bien des dégâts et la première qui en pâtit est forcément son épouse et indirectement sa progéniture. Alors, je lui en ai longtemps voulu.

Et puis la vie passe et vous change. A tout le moins, elle a changé mon regard. Je ne suis plus dans la critique mais dans l'interrogation. Et dans l'interrogation sur les deux camps. Peut-être parce qu'aujourd'hui j'y porte un regard de femme et non un regard de fille. Je serais sûrement charmée de me faire courtisée par ce genre d'individu !!!

Qu'est-ce qui poussait mon père, et qui pousse tout tombeur, à toujours chercher à séduire ? Parce qu'au fond, je ne pense pas que ce soit la finalité mais le jeu de la séduction qui est le nœud de toute l'histoire. Et ce jeu devient un art; apprendre à jouer du regard, du sous-entendu, du compliment, franc ou à demi-mot; savoir faire rire et que sais-je encore.

Faut-il aller fouiller dans l'enfance pour comprendre ? Chercher des manques, un désamour de soi, une carence affective ? Très certainement.

Et ma mère dans tout cela ? Comment n'a-t-elle pas compris qu'elle ne le changerait jamais ? Certes, quand on tombe raide dingue amoureuse, on ne choisit pas. Mais tout de même, de là à divorcer pour l'épouser, c'était de la naïveté à l'état brut.

Cependant, quoi de plus agréable que de se faire courtiser ? N'est-il pas bon de sentir toute cette attention tournée vers soi ? Il est si valorisant de se sentir l'objet de toutes les attentions. C'est si bon pour l'égo. Et voilà tout le danger ! Car en l'occurrence, ce qui intéresse le tombeur, c'est de vous faire tomber dans les mailles de son filet. Après c'est de l'acquis. Plus aucun intérêt… pour lui du moins.

Je trouve cela fascinant ! On y retrouve l'instinct du chasseur et la fameuse image du mâle dominant. Car le tombeur domine sa proie, joue avec elle. Il s'agit de charmer et de se faire aimer, mais aussi de dominer.

Je comprends parfaitement qu'on se laisse avoir lorsqu'on est une jeunette sans expérience. Je comprends plus difficilement qu'on se laisse berner quand on a un peu de bouteille. Mais je sais gré à mon charmeur de père d'avoir œuvré et à ma naïve de mère d'avoir succombé, sans quoi je ne serais pas là !

Je leur pardonne bien volontiers les souffrances que cela a engendrées… (moi au milieu d'un divorce sanglant) car, forte de leur exemple, j'ai su choisir un homme charmant mais pas un tombeur. Je sais aussi qu'il est capital d'être charmante et charmeuse après plus de vingt ans de vie commune pour entretenir la flamme.

Et bon courage à toutes celles qui se laissent envouter par un tombeur et sont persuadées qu'elles pourront le changer. Parce que franchement ça tient du fantasme mais pas du réalisable ! 

Yiha

Billet d'humeur : les ados


Tous les comiques ont fait au moins un sketch sur les ados. Je les comprends. C'est un monde fascinant, par lequel nous sommes tous passés, mais que nous avons vraisemblablement oublié.

Chronique d'un soir, avec une ado, facile au demeurant.

Retour tardif du cours de piano, c'est à dire vers 20h30. Votre ado chérie a dîné avant de partir à son cours. Mais vous savez déjà qu'un deuxième dîner sera de rigueur au retour.

Bingo, vous aviez raison. Vous suggérez un bain chaud pendant que vous préparez le deuxième dîner. Le bain coule pendant que votre progéniture se restaure. Il est vrai qu'en même temps, elle chat et regarde des vidéos. Vous devez donc revenir cinq fois avant que votre fille se coule enfin dans son bain. Il est 22h00. La force d'inertie de cet être vous fascine.

Vous ne savez pas comment, mais votre fille est prête à se coucher à seulement 23h20. Vous partez avec son ordinateur et allez à votre tour vous couler sous votre couette.

Une petite voix vous souffle de vous relever. Vous voyez de la lumière sous la porte de la chambre. Vous frappez. Pas de réponse. Vous entrez. Votre ado est en train d'écrire. Bien. Vous accordez un quart d'heure de plus.

Vous retournez dans votre lit. Vingt minutes plus tard, vous vous relevez histoire de vérifier. Bien entendu, la lumière est toujours allumée et votre ado continue d'écrire. Vous faites en sorte qu'elle se couche.

Une fois de plus, vous allez vous coucher. Un doute vous assaille et vous vous relevez. Vous entendez votre enfant chanter. C'est louche. Vous frappez. Pas de réponse. Vous entrez… Elle écoute de la musique sur son (votre) i-pod.

Fin des hostilités à minuit passé. Vous êtes fière de vous, vous ne vous êtes pas énervée. Mais demain matin à 6h45 vous savez que vous vivrez un cauchemar.

A chaque jour suffit sa peine.

Yiha !

lundi 21 mars 2011

Pourquoi un cancer


A tort ou à raison, il m'a toujours semblé que nous ne développions pas un cancer par hasard. Certes, certains facteurs extérieurs entrent en ligne de compte mais je reste convaincue que cela ne suffit pas.

J'ai eu dans mon entourage des personnes qui, à mes yeux, développaient un cancer comme si c'était un appel à l'amour. Ne se sentant pas reconnues et aimées pour ce qu'elles étaient, elles ont ainsi appelé l'attention de leurs proches. C'est un constat et non un jugement de valeur. Nous sommes des êtres complexes s'il en est et nous ne sommes pas fournis avec un mode d'emploi comportant la page "que faire en cas de panne".

Ce principe étant posé, et sortant moi-même d'un traitement contre le cancer, je me retourne la question. Pourquoi ai-je laissé, certes inconsciemment, des cellules cancéreuses se développer ?

Primo, parce que, sous prétexte d'antécédents familiaux, j'étais intimement convaincue que, vers 40 ans, j'aurais un cancer du sein.  Bingo, c'est fait. Comme ça, un, je peux cocher la case, deux, je peux dire "j'avais raison". Quelle satisfaction ! (tu parles d'une couillonnade!)

Bon, c'est un peu léger comme explication. Alors j'ai décidé de creuser, histoire de trouver le deuxio.

Je sors aujourd'hui de sept mois de galère. Tant que j'ai été dans le tourbillon, je me suis attelée à avancer et à rien d'autre. Je n'ai eu de cesse de dire que je n'avais pas été malade. Et pour cause, le cancer a été détecté extrêmement tôt. Pourtant, à l'heure actuelle, j'envisage les choses autrement.

Je ne me suis pas sentie malade, certes, mais je ne peux pas dire que je n'ai pas été malade. Que je le veuille ou non, le cancer était bel et bien là, et si rien n'avait été fait, dans quelques années j'en serai morte.

En clair, maintenant que le plus dur est passé, je me dis que j'ai failli y passer. Il m'aura fallu du temps. Bourrique !

La question reste : pourquoi ai-je laissé la mort venir ?

Je ne pense pas avoir ainsi voulu lancer un appel à plus d'amour de la part des autres. Mais cet appel, c'est à moi que je l'ai lancé. Car jusqu'à présent, je ne peux pas dire que je me sois beaucoup aimée. En fait, je ne me suis vraiment pas laissé de place.

En effet, j'ai le sentiment d'avoir plus souvent fait les choses pour satisfaire les désirs d'autrui ou pour satisfaire les convenances. En fait, l'empreinte  laissé par nos parents est terrible. Je me suis retrouvé étouffée par les convenances et finalement, je n'ai pas eu mon mot à dire sur mes choix et mes orientations. Ont-ils cherché à savoir qui j'étais pour m'aider à m'épanouir dans une voie plutôt que dans une autre ? Non. Quant à moi, j'ai pris pour argent comptant que "je ne ferai même pas polytechnique chiens", phrase que l'on m'a serinée pendant longtemps. Bref, comme on m'a bien fait comprendre que j'étais nulle, c'est restée un postulat. Bonne chance pour le développement personnel après ça !!!

Le fait d'avoir échappé au pire fait que je veux changer cela. Je souhaite arrêter de me mettre des bâtons dans les roues. Arrêter de m'empêcher de faire les choses sous prétexte de complexes absurdes. Et surtout, surtout, je veux profiter de la vie et me faire plaisir. Car, il m'aura fallu 40 ans pour le comprendre pleinement : on n'a qu'une vie. Cette phrase simple que j'ai certainement employée mille fois, comme tout le monde, vient de prendre tout son sens.

J'ai failli laissé la mort s'installer, peut-être parce qu'une part de moi n'était jamais née. Je souhaite donc la bienvenue à cette nouvelle Muriel qui va s'aimer, s'écouter et se faire plaisir.

Yiha