mercredi 9 mars 2011

Billet d'humeur : Venice Beach


Je marche le long de l’océan Pacifique, à Venice Beach, Californie.
Comme souvent, pour ne pas dire toujours, le soleil est au rendez-vous. Les échoppes qui bordent la promenade ne sont pas encore ouvertes. Mais le lieu est déjà plein de vie.
Je viens de commencer ma marche quotidienne. Je pars de Venice Beach et me dirige vers Santa Monica. A ma droite, les magasins fermés. A ma gauche une bande de gazon et palmiers me sépare de la piste cyclable et de la vaste plage blanche.
Comme tous les matins, je vois le même afro-américain, assis sur le même banc et qui regarde les gens passer. A sa tenue vestimentaire et à son hygiène qui laisse à désirer, je l’ai rangé dans la catégorie des clodos qui habitent ce lieu mythique et touristique. Disons qu’il n’est pas extrêmement sale, ni vraiment propre et que sa tenue est toujours identique. Il n’a pourtant pas le regard triste. Nous sommes sa télé en 3 D en quelque sorte, et cela semble lui suffire. Il ne fait pas la manche, ne semble pas affamé, ni aviné, ni drogué. Non, il est juste là à observer le monde.
Un peu plus loin sur ma gauche, plus proche de l’océan après avoir dépassé « Muscle beach », il y a un attroupement. Chaque fois que je passe à cette heure-ci, il y a cette même masse humaine. La première fois, je me suis demandé quel drame avait pu se jouer juste là. Une bagarre à coups de couteaux ? Une mort par overdose ? Non, il doit s’agir en fait d’une distribution de nourriture pour les clochards qui « habitent » ici.
Au fur et à mesure de ma progression je retrouve les mêmes personnages colorés qui peuplent le lieu. J’ai toujours le sentiment de traverser un endroit qui s’est figé dans le temps; à la fin des années soixante ou au début des années soixante-dix. Les hippies sont légion. Ils sont là, par petits groupes, pieds-nus, les cheveux avec des pseudo dread-locks. Les filles ont des jupes longues à fleurs. Installés sur des bancs ou des couvertures, ça sent la marijane à plein nez. Leurs chiens portent un bandana. Pourtant ils n’ont pas l’âge d’avoir connu Woodstock. C’est amusant.
Il y a aussi le vieux rocker qui joue de la gratte, habillé tout en noir. Il a une queue de cheval qui a blanchi avec les années. Tout comme sa grosse moustache du reste. Il n’a jamais dû assouvir son rêve de devenir un grand guitariste de groupe de rock et se retrouve là, sans grand espoir de changement mais heureux de s’adonner à sa passion.
Immuablement, assis sur sa chaise de plage, un vieux noir avec son haut chapeau de velours multicolore, ses vêtement imprimés. Il tient à la main son morceau de carton invitant les badauds à sourire et les harangue.
Le long de la pelouse, toujours sur la promenade, les vendeurs installent leurs tables et leur marchandise. Au sol sont marqués les emplacement qu’ils louent à la ville. Il y a le stand de têtes de morts en poterie, peintes de couleurs vives. Elles viennent du Mexique où on célèbre les morts dans la joie une fois par an, le 31 octobre. Il y a également les stands de tatouage au henné avec mille modèles exposés; celui pour faire graver son prénom sur un grain de riz. Ceux-là ne sont guère originaux.
Un peu plus loin, en face d’une terrasse de restaurant, est déjà installé le pianiste de service. Il n’est pas seul à jouer et les morceaux sont variés. Du classique, du rock; tout y passe. Parfois il chante aussi. De temps à autre, une guitare sèche vient lui faire écho.
Ah, la bagarre d’un vieux couple de clochards avinés. J’ai du mal à les comprendre mais la scène de ménage n’en est pas à son début. Ils sont déjà plein comme des barriques alors qu’il n’est que 9h00 du matin. Ils ne doivent pas dessaouler souvent ces deux là ! Lui titube au milieu de l’allée en insultant vaillamment sa compagne et en faisant de grands gestes. Il ressemble à un pantin désarticulé. Au milieu de son charabia, je comprends qu’il veut qu’elle lui foute la paix. Un grand classique du genre. Sa salopette dont on devine qu’elle a été bleue, n’est attachée que d’un côté. Pas de T-shirt en-dessous. Quant à elle, elle a le visage bouffi par sa vinasse. Ses vêtements sont si sales et si informes qu’ils sont impossible à décrire. L’un comme l’autre n’ont pas une hygiène douteuse mais plus d’hygiène du tout. Je me demande s’ils étaient déjà en couple avant de finir dans la rue ou si c’est la misère qui les a réunis. Ma question restera sans réponse, il n’est pas question d’aller faire une interview !
En face d’un hôtel de briques rouges, s’installe la cartomancienne. « Depuis 1975 » affiche-t-elle fièrement. Elle doit mesurer 1m60. Elle est blonde aux yeux bleus et à l’air très doux. Seules ses multiples bagues rentrent dans l’imagerie. En deux ans, je ne l’ai vu en compagnie d’un client qu’une seule fois. Si elle persiste, c’est qu’elle doit avoir du monde plus tard dans la journée.
A quelques mètres de là un Indien habillé d’une sorte de toge blanche, dispose ses bâtons d’encens. Il me fait chaque fois penser à Jésus, dans son espèce de toge; avec ses cheveux longs et bruns, sa barbe et ses spartiates. On s’y croirait. Est-il marié ? A-t-il des enfants ? Je le verrais bien avec un bâton de pèlerin, allant porter la bonne Parole.
Je suis presque à la limite nord de Venice. Je retrouve, adossé au même mur, un vieux clochard aux cheveux blancs avec son petit chien, au pelage assorti à la chevelure. Le chien joue avec sa balle tandis que son maître est en grande conversation avec quelqu’un du voisinage. Il est souriant, comme d’habitude, et pose un regard plein de bienveillance sur le monde qui l’entoure.
Un peu plus loin, face à lui, entre la promenade et la plage, un parking public extérieur. Celui-ci est rempli de vieux mobile homes peinturlurés. Un campement de hippies SDF. Malgré l’apparence des véhicules, mais connaissant un peu la Californie, je suppose qu’ils sont en état de rouler.
Cela me rappelle une scène improbable à laquelle j’assistais il y a quelques jours. Ayant fini ma marche quotidienne, je venais de quitter ma place de stationnement et commençais à remonter Venice Blvd vers l’Est. Sirènes de police. Je m’arrête (gare à celui qui roule au son d’une quelconque sirène). Et là, je vois arriver une voiture de police à la vitesse d’un escargot suivi d’un de ces mobile homes entièrement couvert de dessins et surchargé d’objets en tout genre. Sur son toit, des tapis, fauteuils, une baignoire en plastique rose; que sais-je encore. Le tout maintenu par de la ficelle. Je ne sais s’il s’agit d’une décoration, d’un accès aigu de la collectionnite, ou d’un mode de rangement pour objets utilitaires.  Une deuxième voiture de police fermait le cortège. La famille poulaga escortait-elle le véhicule vers le commissariat le plus proche ou jouait-elle juste le rôle d’escorte pour éviter tout accident étant donné la vitesse de croisière de la maison roulante ? Je ne le saurai jamais n’ayant pas fait de filature.
Devant le parking aux véhicules originaux, un artiste spécialisé en croûtes, dispose ses œuvres. Je ne suis pas certaine qu’il trouve beaucoup d’acquéreurs. Mais les goûts et les couleurs ne se discutant pas, il n’est pas à l’abri d’un coup de chance.
Je viens de franchir la frontière et suis maintenant sur la commune de Santa Monica. Exit les magasins, les étales, les clodos et les artistes. Bienvenue dans une ville aux origines balnéaires, qui est propre et entretenue. Maintenant la promenade et la piste cyclable se jouxtent, avec la plage d’un côté et la pelouse ou des parkings immaculés de l’autre. C’est un balai incessant de pelleteuses ou de travailleurs gratuits (l’équivalent d’un service civil venant punir une infraction) qui retire le sable de la promenade ou aplani la plage.
Mon œil n’étant plus attiré par une faune colorée, je me contente d’observer les joggers et autres promeneurs. Le panel est intéressant. Il y a le groupe de trois gentilles mamies qui marchent pour s’entretenir. Mais attention, c’est de la mamie californienne, pomponnée, en tenue de sport, casquette rivée sur la tête et chaussures de course à l’autre extrémité. Je me fais alors doubler par une mère en rollers qui pousse une poussette de course à trois roues avec frein intégré. Elle a bien sûr les écouteurs de rigueur dans les oreilles. Je ne recommande pas à sa progéniture d’avoir un creux maintenant et de tenter de rappeler qu’elle existe.
Beurk ! Regardez-moi ce pauvre bougre aux bourrelets bien fournis qui a eu le bon goût de retirer son T-shirt et qui transpire à grosses gouttes. Et comble de bonheur, il a mis un short un peu court et large qui remonte à l’entrecuisse. Un grand moment de bonheur ! Et quand il aura fini de souffrir avec l’espoir de maigrir, il se ruera sur une boisson sucrée survitaminée qui annulera tous ses efforts. Sans compter le déjeuner sur le pouce qu’il avalera dans sa voiture après être passé au drive-in du premier fast-food venu. Malheureusement, ceux-là sont nombreux et se demandent encore par quelle injustice leurs bouées ne les quittent pas.
Viens maintenant le beau mec musclé qui court à vitesse régulière sans sembler souffrir le moins du monde. A chacun son style.
Je croise aussi la petite asiatique d’une cinquantaine d’années. Dans son joli jogging noir avec sa visière blanche rivée sur les yeux. Elle me fait rire car même lorsqu’elle court, elle a un air légèrement pincé. C’est sans doute dû à sa bouche trop fine et à la rapidité de ses pas de fourmi.
Sur la piste cyclable, passe l’allumée de service qui chante à tue-tête et danse sur ses rollers. Un coup en avant, un coup en arrière, mais jamais de chute. Dommage. Je suis mauvaise, mais ce serait drôle.
Au bout de mon périple, le coin des agrès en plein air. Là, je retrouve la foule habituelle des sportifs sérieux, aux abdos en béton. Certains sont là avec leur coach (un métier qui rapporte dans cette ville) et d’autres se donnent des conseils. Pas d’originaux, juste des gens rigoureux et sérieux. Bref, pas d’intérêt particulier.
Je fais maintenant demi-tour. Le soleil est face à moi et j’apprécie comme tous les matins sa caresse sur mon visage. J’écoute en ballado-diffusion mes émissions préférées qui me font rire ou sourire. Je dois avoir l’air d’une gentille folle. Je le sais mais je m’en moque.
Sur la promenade de Venice, les magasins de souvenirs, de pipes à eau, de lunettes de soleil et de maillots de bains ont ouvert. Sans oublier les « doctors ». Car si la consommation d’herbe est officiellement interdite, il y a un moyen tout à fait légal de s’en procurer. Vous allez donc voir un de ces docteurs, vous plaignant d’une douleur quelconque. Vous repartez avec une prescription valable un an. Après avoir vu le docteur, vous choisissez votre drogue dans le magasin et le tour est joué. Vous devez être toujours muni de votre prescription « médicale » si vous fumez ou avez de l’herbe sur vous. Voilà ce que m’expliquait un jour un touriste américain esseulé et en mal d’échange qui n’avait pas hésité à interrompre ma passionnante lecture du moment. Bien lui en a pris, sans quoi je n’aurais toujours pas compris ce qu’étaient ces enseignes avec fleur de cannabis ni à quoi correspondaient ces cartes de visite qu’on me donnait régulièrement.
Les touristes commencent à prendre possession des lieux. Les chanteurs de rap sont là, avec leurs écouteurs qu’ils veulent à tout prix vous mettre sur la tête pour vous convaincre d’acheter leur CD. L’ambiance n’est plus exactement la même. Quand j’arrive le matin, j’ai un peu le sentiment d’être invitée chez quelqu’un. C’est comme si je pénétrais un appartement gênant où tout le monde se connaît. L’ambiance est conviviale. Et je sais que je ne fais partie de ce monde, alors je passe, discrètement, sans faire de bruit. Et si j’ai repéré certains des « habitants », il y a longtemps qu’ils m’ont repérée aussi. Mais lorsque je reviens, la foule des badauds a changé les choses. Ils ne se sentent pas invités chez quelqu’un mais regardent tous ces marginaux comme si c’était des bêtes curieuses. Ils trouvent le lieu et les gens « pittoresques » et en ont un peu peur. 
Quant à moi, je m’en suis mis plein les yeux. J’ai encore une fois aimé ce spectacle bigarré, la vue du Pacifique et de cette immense plage parsemée des baraques bleues des maîtres nageurs. Demain, je sais que je reviendrai, que tous les habitants de ce squat géant m’accepteront et me laisseront traverser leur grand salon sur la pointe des pieds avec mon sourire idiot aux lèvres.

mardi 22 décembre 2009

Mon défi : suite et fin

Le spectacle de Chupachups a lieu le vendredi 18 décembre et nous sommes en début de mois. Il ne me reste que le gilet à faire, certes… mais il a l’air costaud à faire celui-là.

Mon tissu est prêt, découpé depuis longtemps. Je suis bien décidée à prendre mon temps, à ne pas agir avec précipitation et impatience. Même si je dois mettre trois jours à comprendre une étape de ce fichu patron, je mettrai trois jours et puis c’est tout. Je vois bien qu’aucune approximation n’est autorisée quand je vois la bête !

Cette coquine de Samy (ma petite vendeuse chérie) m’ayant dit de revenir plus tard, a passé sous silence que le gilet était doublé. Il ne faut pas affoler une débutante !

La débutante se retrouvant au pied du mur n’a plus qu’à se lancer (en espérant ne pas s’écraser contre le mur).

Je retourne donc au magasin (Samy n’est pas là) et je me débrouille toute seule comme une grande pour trouver le tissu de la doublure au milieu des 10 000 tissus qui m’entourent. J’ai franchement l’impression d’être comme un tout petit qui découvre la marche. Sauf que le bébé qui fait son premier pas n’est pas le seul à s’extasier devant ses prouesses !!!

Séance découpe de la doublure. Je me sens nettement plus à l’aise que la dernière fois. Par ailleurs, l’épaisseur du tissu lui donne une meilleure tenue et rend la découpe plus facile de toute manière.

Il n’y a qu’une chose que je ne comprends vraiment pas dans les explications (preuve que je progresse) c’est pour mettre les baleines. Mais je m’arrange très bien et trouve une bonne solution.

Ma foi, il me faut de la concentration et du temps, mais en une semaine j’ai fait la pièce maîtresse; le gilet est assemblé.


Maintenant, les finitions : pose des oeillets. Je manque d'entraînement et ce n'est pas très joli joli. Un petit noeud sur les épaules et voilà. Le grand jour nous n'aurons plus qu'à mettre le lacet pour fermer le gilet.

Et devinez ? Je suis très fière de moi ! Ce n’est pas, loin s’en faut, du travail de pro, mais je peux dire « et c’est moi qui l’ai fait ! ».

Je n’ai plus peur de sortir ma machine. J’ai finalement pris un certain plaisir à cette aventure. Du reste au cours d’un de mes nombreux passages dans mon nouveau magasin préféré (ou presque) j’ai acheté un patron pour un nouveau projet. C’est vous dire !

Mais cette fois, j’ai pris un patron Burda. Non seulement il est en trois langues (dont le français) mais en plus j’ai pris un patron pour débutante.

Alors, qu’est-ce que vous en dites ?






Yiha !

Mon défi : de retour à la maison



De retour à la maison, je fus comme il se doit, accueillie par un mari hilare à la vue d’une machine à coudre. Et tel est pris qui croyait prendre ; il m’a dit que si je me mettais à la couture, il se remettait au sport… Et moi de rire !

Avant de faire mumuse avec la machine à coudre, il faut passer par la case découpe (sans toucher 20.000). Rien que ça, ça m’angoisse. Dès la maternelle, on a bien essayé de me faire aimer les découpages et les coloriages mais ça n’a jamais pris. Bref le premier soir, opération découpage du patron. Aussi tendue et crispée qu’un enfant de 3 ans qui découpe son premier pantin à offrir pour la fête des mères, j’en ressors vidée. Ça ira pour aujourd’hui.

J2 : la tension monte. Cette fois-ci il s’agit de couper le tissu. Je suis terrifiée à l’idée de rater, couper de travers, dans le mauvais sens ou que sais-je encore. Bien sûr, hier soir, j’ai fait mes petites recherches sur Internet. Et j’ai trouvé LE blog pour apprentis couturière en herbe (http://www.coupecouture.fr/  Merci Sylvie). Bon alors, j’ai épinglé mon patron et commencé la découpe. Un doute subit et je fonce lire le blog. Alors voyons, « patron »… « sauf indications contraire, un patron est toujours dessiné coutures non comprises ». Panique à bord. Ça y est, j’ai tout raté. Bon, on se calme, j’ai coupé pour une taille 34 et Chupachups n’a que 10 ans alors je retomberai sur mes pieds. Oui, mais si les coutures ne sont pas comprises, pourquoi est-ce qu’à certains endroits du patron il était précisé de rajouter 2,5 cm pour la couture ? Donc, les coutures sont bel et bien comprises dans mon patron sauf quand on demande un ajout. Ouf, tout va bien.

Bon, je vais pouvoir tester la machine. Chouette. On ne va pas s’aventurer dans du compliqué. Je choisis donc la jupe (version simplifiée sur les conseils de Samy la vendeuse).

Alors là, grosse déception. Je ne peux même pas faire la canette. Non du fait de mon incompétence, je ne suis pas débile, mais parce que la machine ne fonctionne pas ! C’est bien ma veine.

Retour au magasin (aller/retour 1 heure sans compter le temps dans le magasin. Je vous rappelle que nous sommes à Los Angeles). Bien sûr, ce modèle n’est plus en stock et la machine que je souhaite n’a pas été livrée (même aux Etats Unis, il n’y a pas de livraison le dimanche !). Qu’importe, il y a un modèle intermédiaire en promotion ce jour-là. Je rends la machine, je me fais rembourser, j’achète le modèle intermédiaire… sachant que je devrai refaire la même chose dans quelques jours avec la machine que je veux.

Nous sommes à J2 ; l’homme de ma vie a vu que j’étais sérieuse… il est parti en salle de sport !

Alors, c’est reparti. Ça va tout de suite mieux avec une machine qui fonctionne. Je me lance. Surfilage du velours (tissu de la jupe). Bon, on dirait que ça irait. Personne n’ira voir. Assemblage devant derrière. Hi hi, c’est rigolo, ça va vite, c’est encourageant.

Arrêt brutal de la production. Mamma mia, je dois poser la fermeture Eclair (ce qui n’est pas très Renaissance !). Ma mère ayant dit et redit que c’était casse-pied à faire, j’ai plein d’a priori. Direction, mon prof de couture virtuel. Explications d’une clarté exemplaire. Et voilà, je viens de poser ma fermeture à glissière à la main… Elle est quasi invisible et je suis très fière de moi. Et franchement, ce n’était pas sorcier.

Alors mettre la jupe à la taille de Chupachups. Je consulte le patron. Il n’est décidément pas fait pour les bleues dans mon genre. Primo, il n’est qu’en anglais et je n’y comprends rien malgré l’aide de mon copain Harraps. Cette succession de termes techniques, même traduits, ressemble à une sorte de formule magique que seuls les initiés peuvent comprendre. Comme le ferait un enfant, je me tourne vers les schémas. Là encore, ça manque de détails. Puisque personne ne veut me dire si je suis censée faire des fronces ou des plis plats, j’opte pour les plis plats qui feront moins d’effet mais seront plus faciles à faire… avec l’aide du blog. Je suis bloquée maintenant car je n’ai pas ce qu’il faut pour faire la taille de la jupe (le crochet et le gros grain). Je devrai retourner voir Samy.

Je vous présente le modèle choisi : (celui de gauche)






J3 : Puisque je suis bloquée pour la jupe, je décide d’attaquer la chemise bouffante. J’étais bien décidée à la simplifier en ne mettant que l’élastique du poignet, mais mon cher et tendre m’a dit que ce serait « petite joueuse ». Ah oui ? Petite joueuse, moi ? Tu vas voir !

Maintenant, je fais moins la maline. D’après le patron, je suis censée faire un casing pour chaque élastique. Etant donnée la longueur de la manche et la taille du bras de ma fille, sachant que mon tissu n’est pas transparent, je décide de bidouiller.

J’ai oublié de dire que je suis un peu du genre impatient. Ça doit être fini avant d’être commencé. En bref, je fonce et je réfléchis après. (en couture, pas pour le reste heureusement). Mais là quand même, je prends le temps de cogiter avant d’agir. Je m’en sors très bien.

J’attaque l’assemblage définitif de la chemise. Mon côté fier comme Artaban retombe comme un soufflet au moment de l’essayage. Cette chose irait sûrement à Shrek ! Désespoir profond. Qu’allait-elle faire dans cette galère ? Triple buse.

J4 : après quelques jours d’une intense réflexion (ça fume !). J’ai beau lire et relire ce fichu patron, je n’y comprends rien. Bon, pour arranger les choses, je décide de froncer le haut des manches. Après un essai sur tissu brouillon, je me lance. Pas trop mal. Mais je reste toujours avec mon problème de devant et de dos taille ogre. Ça m’énerve alors je fonce tête baissée et je fais une couture centrale devant et derrière. Comme prévu c’est très laid mais ce sera caché par le gilet.

J5 : Frappée par la fée couture, je comprends que la solution est de passer un élastique tout autour de l’encolure. Et c’est parti mon kiki. Bon avec les fronces aux emmanchures ce n’est pas idéal mais il est trop tard pour les ôter. Je passe les détails, mais j’y arrive.

Dommage, je regrette ma précipitation précédente. Maintenant je rêve de défaire ces horribles coutures centrales. Mais non contente de foncer tête baisser avec ma machine à coudre, j’ai en plus eu la brillante idée de couper le tissu « en trop » de la couture centrale derrière !!! Je ne pourrai défaire que la couture du devant si j’y parviens… J’ai déréglé ma machine et le point est serré serré serré.

Il me faut donc une semaine de tentatives répétées avant de trouver la faille dans cette couture et parvenir à glisser mon découd-vite.

Y’a plus qu’à faut qu’on fasse l’ourlet. Nouvelle expérience : faire un point invisible à la machine.

Ça y est ! J’ai fini la jupe ET le chemisier !

Prochaine étape : le gilet.

Yiha !



dimanche 29 novembre 2009

Mon défi (suite) : au magasin

Comment une personne qui a une si piètre image d’elle en tant que couturière se lance-t-elle dans la confection d’un costume Rennaissance ?

Il y a le petit démon caché qui me soufflait qu’avec une machine ça irait mieux. Et puis, il y a la bonne vendeuse au bon endroit, au bon moment.

J’avais donc regardé les costumes Renaissance en vente ou en location sur Internet. Seuls les costumes taille adulte ressemblaient à quelque chose pour un prix allant au-delà de ce que j’aurais accepté de mettre dans un déguisement. J’en étais donc arrivée à la conclusion qu’éventuellement, je pourrais peut-être faire ledit costume. Avec mes compétences en la matière, ce n’était envisageable qu’à la condition de trouver un patron.

Direction Jo Ann le magasin des petites fourmis des travaux d’aiguille en tout genre. Après avoir feuilleté de nombreux catalogues de « patrons », Chupachups et moi tombons d’accord sur le modèle qui nous semble le plus approprié. Nous avons mis 10 bonnes minutes à comprendre où étaient rangés tous les patrons. Mais me sentant déjà gourde au possible, je n’aurais pas osé demander à une vendeuse. Oui, je sais à quel point cela est ridicule.

Une fois le patron en main, j’étais dans une valse hésitation.

Faire tout ça à la main ? Moi qui déteste tenir une aiguille, c’est un travail de forçat !

Acheter une machine ? Il y a des promotions, alors pourquoi pas ? Mais si c’est pour qu’elle croupisse dans un placard, ce n’est pas la peine. Et puis j’en connais un qui n’a pas fini de se payer ma tête (les autres non plus du reste mais je ne vis pas avec eux, alors ce sera moins pesant et récurrent).

Oh là là ! Il m’a l’air bien compliqué ce costume… Pas du tout de mon niveau.

Et puis si je prends une machine, laquelle ? Bon, une trop basique risque de ne pas être des plus faciles à manipuler (non parce que si c’est tout un foin de faire et d’installer la canette, je sens que l’avenir placard est garanti). Quant à la Maserati de la couture avec 80 points en mémoire, autant donner du caviar à des cochons. Oui, mais machine ou pas machine ?

Bref, plutôt du genre à entrer dans un magasin en sachant ce que je veux, j’étais devenue la caricature de la cliente insupportable qui fait sortir à la vendeuse toutes les cravates en stock pour n’en acheter aucune !!! Sauf que jusque-là, je n’avais embarqué aucune vendeuse dans les méandres de mes doutes (seule Chupachups vivait tout cela en direct, n’osant piper mot puisqu’il s’agissait de son costume... quelle patience !). Et si je demandais conseil ?

La vendeuse abordée me dirige immédiatement vers une spécialiste de la couture (qui adore ça et qui donne des cours). Une dame d’un certain âge, au regard bleu et bienveillant, avec une douce voix, prend donc mon cas en main. En ce qui concerne la machine à coudre, elle me recommande celle qu’elle possède (et que j’avais repérée), en promotion en ce moment. Celle-ci n’étant plus en stock, Samy la gentille vendeuse, me propose d’acheter une machine de gamme inférieure en attendant que le magasin reçoive celle que je veux. Je verrai bien comment je me sens avec une machine. Si je veux toujours l’autre, on fera l’échange dans quelques jours. Genre de chose impensable en France, mais pas du tout aux Etats-Unis.

Bon, emballé c’est pesé. Le problème machine est quasiment réglé… pas celui du costume ni de sa faisabilité.

Je montre à Samy le patron choisi et demande si une débutante dans mon genre peut s’attaquer à cette chose. Mais oui bien sûr, trop fad ! Non Samy est un peu plus diplomate que ça. Rassurante, elle m’a dit qu’il n’y avait aucun problème, qu’elle me montrerait et que je pourrais venir la voir au fur et à mesure pour poser des questions.


Bon alors dans ces conditions, allons-y. Nous avons commencé par le matériel « de base » que Samy demande à ses élèves débutants d’acheter. Les ciseaux, le mètre (j'ai laissé le mien à Paris, c'est dire !), le découd-vite (ah non, ça j'ai), les épingles et j'en passe.


Après ça, je lui ai collé le patron dans les mains pour le choix du tissu et le métrage. Je n'allais pas la lâcher comme ça et prétendre trouver seule le tissu adéquat et le moins cher. Chupachups et moi avons donc suivi Samy à travers les allées, ne devant nous prononcer que sur le choix des couleurs, Samy nous menant vers les meilleures affaires du moment. Elle m'expliquait pas à pas ce dont j'avais besoin. Si j'avais dû acheter seule mon fil, je pense que je me serais demandé au moins 10 minutes quel type de fil prendre. Là je n'avais qu'à suivre et choisir la couleur coordonnée. 


Une fois à la table de découpe, Samy m'a donné des conseils pratiques sur la façon de faire la jupe en la simplifiant. Elle m'a de nouveau invité à venir la voir si j'avais des questions et m'a donné ses jours et horaires de travail de la semaine à venir. Ainsi épaulée et mise en confiance, voilà comment j’ai sauté le pas.

Nous sommes donc reparties munies d’un machine à coudre, d’un patron et du tissu nécessaire à la confection d’une chemise bouffante, d’une jupe et d’un gilet Renaissance. Après ça y’a qu’à faut qu’on, c’est bien connu.

Ma charitable fille a ensuite décrit à son père l’épopée, ne manquant pas de souligner le rire imbécile engendré par ma gêne et qui ponctuait chacune de mes questions. Mais elle m’a bien fait rire !

Yiha !

mercredi 18 novembre 2009

Billet d'humeur : mon défi

Quelle est la chose que vous détestez faire le plus au monde ? Non quelque chose que vous détestez faire mais que vous devez faire, comme le ménage, le repassage ou les courses. Non ; une chose parfaitement optionnelle qui vous a toujours donné des boutons.

En ce qui me concerne, cette chose, c’est la couture. C’est du reste devenu un sujet de plaisanterie facile… que j’assume pleinement.

Toute mon enfance a été martelée à coup de « je déteste coudre » par ma mère. J’ai pourtant été habillée de superbes robes à smocks maison de 0 à 10 ans. Certes, les smocks ne sont pas de la couture mais de la broderie. Il n’empêche que la robe, il faut bien la faire non ?

La machine à coudre familiale était une vieille Singer noire et dorée. Celle que nous avons tous vue dans les greniers familiaux et autres brocantes. Mais attention, nous avions une des premières machines portables… électrique, 250 kg de fonte avec un beau capot en bois. Bref, portable, à condition d’avoir des biscoteaux en fer forgé ! Et bien sûr, Titine était tellement vieille que tout devenait périlleux. Toujours est-il que je n’avais pas le droit de toucher à l’objet maudit qui ne fonctionnait qu’à peu près correctement sous les doigts de son maître.

Têtue comme une mule (on ne peut renier si facilement ses origines normandes), je ne manquai pas de m’inscrire au cours de couture en classe de seconde. Ainsi confiée aux mains expertes d’une dame qui trouvait la couture si facile et si amusante, je fis le patron d’un caleçon à ma taille. Et plus fort, je fis le caleçon en question qui me servit de caleçon de nuit pendant des années.

Mon deuxième exercice fut un peignoir de bains. Un choix tout à fait personnel. Après avoir fait mon patron à mes mensurations, je devais donc faire l’œuvre de ma vie ! Manque de chance, je rêvais d’un peignoir moelleux et ma mère me fournit une espèce de tissu éponge foireux bien loin de mes rêves. Bilan des opérations, mon beau patron découpé se retrouva épinglé au tissu éponge. J’eus le courage de me lancer dans la coupe et les choses en restèrent là, parce que, franchement, la perspective d’un peignoir qui gratte ne m’emballait guère.

Ma mère étant une grande conservatrice devant l’Eternel (on ne sait jamais, ça peut toujours servir), les morceaux de tissu épinglés au patron doivent toujours attendre dans un carton qu’on les assemble.

Depuis, je me suis forgée une réputation de catastrophe ambulante dans le domaine de la couture.

Lorsque Chupachups était petite, j’ai eu droit à l’incontournable doudou. Afin qu’il soit reconnaissable, le sien était un Bandana. Et voulant qu’il soit spécial, je décidai d’y coudre un ruban de satin. Rien d’extraordinaire ! Bien sûr, bonne perfectionniste, la couture devait être invisible.

Une de mes meilleures amies, introduite dans le club des couturières qui trouvent ça facile (nananananère), m’a prodigué ses conseils. En effet, c’était invisible et facile (bien que cela m’ait pris trois fois plus de temps qu’à n’importe qui).

C’était il y a dix ans. Et comme les mauvaises habitudes et les préjugés ont la vie dure, je suis vite retournée à mon sempiternel « je suis nulle en couture, je déteste coudre » et j’en passe.

Un petit démon devait cependant occuper un coin de mon cerveau. Alors que mes prouesses de couturière se résumaient à « je pose le bouton tombé à côté du vêtement dans l’espoir qu’il va se recoudre tout seul », j’osai émettre l’idée auprès de mon cher et tendre d’avoir une machine à coudre à je ne sais quelle occasion.

Devant le fou rire de l’homme, je n’insistai pas. Mon tableau de chasse ne jouait guère en ma faveur.

J’ai scrupuleusement continué d’ignorer les boutons à recoudre. J’ai scrupuleusement continué d’accepter que ma belle-mère fasse les « petits points » nécessaires sur les vêtements de Chupachups alors que ça me collait une honte indescriptible. Et j’ai continué de penser que je n’étais pas plus c…. qu’une autre et qu’avec une machine à coudre, de nouveaux horizons s’ouvriraient.

Retour aux contradictions qui nous façonnent. Après le « j’veux y aller, j’veux pas y aller », le « j’veux faire mais j’peux pas faire ».

J’ai donc pris une pincée d’entêtement normand, une pincée d’amour propre (je ne suis pas plus bête qu’une autre), une poignée d’amour propre piqué au vif (arrête d’entretenir cette image de nulle en couture) et une belle opportunité et je me suis lancée.

Chupachups fait partie de la chorale de son école. Membre des Concert Singers, la barre est toujours plus haute. Ainsi donc, le prochain concert a pour thème la Renaissance. Tous les enfants devront avoir un costume Renaissance… mais les Concert Singers, doivent avoir un costume de cour. Sinon, ce ne serait pas drôle.

Allez trouver un costume de cour Renaissance taille enfants aux USA. Y’a pas ! Vous trouvez en taille adulte et une fortune.

Bref, je suis rentrée à la maison avec une machine à coudre samedi dernier. L’homme de ma vie a hurlé de rire. Voyant à quel point j’étais sérieuse, il s’est puni en se remettant au sport (si si… mais ça a duré moins longtemps que ma persistance de couturière... une fois).

Et voilà. Je m’escrime à essayer de comprendre les mystères du tissu que mon cher et tendre qualifie de « solide-liquide ». J’ai fait la jupe du costume (dans les règles de l’art sans élastique à la taille). Je m’arrache les cheveux sur le chemisier et j’ai à moitié fait la veste.

Mais tout cela manquerait parfaitement de sel si je ne précisais pas que je me retrouve avec un patron et des directives en Anglais. En résumé, je n’y comprends rien. En Français j’aurais du mal, en Anglais je coule. Alors j’invente.

Tétanisée devant mon patron, je n’ai rien voulu changer… Mon chemisier irait à Shrek mais est un peu (beaucoup) trop grand pour Chupachups. Alors j’te fronce d’un côté, j’te rajoute une couture de l’autre, j’te la cache avec un biais etc etc…

Bref, je me suis lancée un défi. J’ai décidé d’ajouter une corde à mon arc (peut-être de prendre le contre-pied du discours de ma mère que j’avais fait mien… allo docteur Freud). En tout cas, j’apprends beaucoup… et je m’amuse !!!!

Yiha

mardi 17 novembre 2009

Billet d’humeur : je veux pas y aller !

Ou plus exactement, je veux y aller, mais je veux pas y aller. Ça vous est sûrement déjà arrivé ce genre de contradiction.


J’avais dit que j’irais à Paris au mois d’octobre et nous voici fin novembre, je suis toujours à Los Angeles.


Je veux y aller :


Déambuler dans les rues parisiennes, le nez en l’air en m’en mettant plein les yeux. Me délecter de ce déferlement d’architecture et flâner dans les librairies. Retrouver les amis que je n’ai pas vus depuis deux ans. Aller faire un coucou à ma filleule parisienne qui a fêté ses 18 ans et qui doit être méconnaissable ! M’adonner à mon rituel favori : un déjeuner chez mon copain Gérard, excellente table parisienne que je vous recommande chaleureusement si vous aimez le canard (restaurant Les deux canards dans le 10ème). Me délecter de bonnes baguettes avec du fromage ou de la charcuterie. Remplir ma valise de livres, de Régalad, de Carambar, de chocolat. Et au passage, puisque tel est le but initial de ce voyage, faire la tournée des médecins. Mais au train où vont les choses, dans dix ans je serai toujours à Los Angeles, mes dents seront tombées et j’aurai un cancer du sein faute d’avoir fait le nécessaire. Ça devrait me motiver non ?


Je veux pas y aller !


Alors que j’étais la championne du faufilage dans la foule parisienne, je n’ai plus l’habitude et je n’ai pas envie de me sentir perdue dans ce tourbillon de gens pressés. Je n’ai pas envie de me faire engueuler par l’abruti qui vient de m’écraser le pied ou de me faire lâcher une porte sur le nez. Je n’ai pas envie de ce mélange d’effluves, parfum, crasse, urine, qui caractérise notre cher métro. Je n’ai pas envie de voir les gens faire la gueule dans leur train de banlieue qui les mène vers un boulot qui les barbe. Je n’ai pas envie de m’accrocher à mon sac à mains par crainte de me le faire voler; là aussi j’ai perdu l’habitude. Ici on peut poser son sac dans son caddie et personne n’y touchera… sauf peut-être pour le rapporter à l’accueil du magasin. Et je n’ai pas envie de faire 12 heures d’avion.


Bon alors on dirait qu’on serait dans un monde idéal. On dirait qu’on pourrait se téléporter ou téléporter les choses. Je ferais venir Paris à Los Angeles histoire d’être entourée de beaux bâtiments et de musées. Je garderais le temps californien mais j’y ajouterai de la pluie la nuit (et seulement la nuit) histoire de remplir les nappes phréatiques, d’arroser les plantes et de nettoyer l’air. Je garderais donc la mer et les palmiers. Je prendrais le réseau du métro et des bus parisiens mais pour le métro, je garderais le système américain de purification de l’air. Et puis je me téléporterais pour être en quelques minutes auprès de mes amis ou je les ferais venir par le même moyen. J’irais facilement voir mon dentiste chéri, ma gynéco adorée, ma généraliste si gentille.


Abracadabra. Ça ne marche pas.


Bon, alors d’accord, je vais me conformer aux joies du : enlevez vos chaussures, videz vos poches, faites la queue comme tout le monde. Asseyez-vous et essayez de dormir avec trois centimètres et demi pour vos jambes. Faites en une semaine la tournée des médecins et des copains en oubliant vos neuf heures de décalage. Confrontez-vous aux paperasses que vous aviez si bien réussi à ignorer avec 10 000 km d’éloignement. Repartez dans l’autre sens en regrettant que ça n’aie pas duré plus longtemps. Parce que là encore, ça va être un coup de j’veux rentrer mais j’veux pas rentrer.


Ah l’être humain et ses contradictions !


Bon, chéri, je crois que tu as intérêt à prendre mon billet pour moi si tu veux vivre 10 jours de gestion de la maison tout seul comme un grand !


Yiha !

lundi 9 novembre 2009

La Vallée de la Mort

La démesure de la ville de Los Angeles est parfaitement en accord avec celle de la nature californienne.


La Vallée de la Mort en est un des plus beaux exemples et offre des paysages extrêmement divers.


Nous y sommes allés en septembre 2006 et avons eu la chance d’abord d’y avoir une température relativement douce puisqu’il faisait 28°C. Arrivés de nuit, éreintés après la route, nous avons tourné en rond dans le parc, le GPS nous jouant bien des tours.


Notre première visite fut Zabriskie Point. Une étendue d’immenses rochers s’étalait à nos pieds alors que le vent chaud fouettait nos visages. Les couchers de soleil y sont particulièrement magiques.



Zabriskie Point


Non loin de là, nous sommes allés faire une randonnée dans le fond d’un canyon : Golden Canyon. Ce lit de rivière asséchée avait été transformé en route goudronnée. Mais en 1976, des pluies diluviennes ont détruit la route et il ne reste plus que quelques morceaux d’asphalte disséminés ici et là. Les parois rocheuses qui bordent le canyon ressemblent à un mille feuilles ; une vraie leçon de géologie. Chupachups étant relativement petite (6 ans ½), nous avons fait demi-tour une fois arrivés à Red Cathedral, amphithéâtre naturel. Plus de vent mais une chaleur écrasante. Histoire de se faire de l’ombre et de profiter de l’air, j’ai doté chacun d’un paréo à tenir au-dessus de sa tête… A défaut d’être élégant, c’est efficace !



Golden Canyon - Chupachups sur un reste de route



Golden Canyon avec Red Cathedrale au fond



Golden Canyon - Le paréo parasol



En arrière plan, nous pouvions déjà admirer Artist’s Palette, montages rocheuses colorées par l’oxydation des différents métaux qui s’y trouvent. Du vert pour le mica, du violet pour le manganèse et du rouge, du rose ou du jaune pour le fer. Un grand classique dont on ne lasse pas.


Artist's palette



Retour à la voiture où les anti-clim ont été contents de la fraîcheur procurée par celle-ci pendant les 23 km à parcourir avant d’arriver à Badwater. Nous avions intérêt à faire le plein de frais puisqu’il s’agit là de l’endroit le plus chaud du parc (et le plus bas des Etats-Unis ; -86m). Un ancien lac asséché dont il ne reste qu’une grande étendue de sel craquelé mêlé à de la boue séchée formant un damier géant d’hexagones. On ne peut pas marcher n’importe où et le « chemin des touristes » a formé une immense allée blanche et lisse comme une patinoire… de sel. Le reflet du soleil y était particulièrement aveuglant et le vent soufflait avec force laissant sur nos lèvres gercées un goût de sel. Nos pas faisaient comme un craquement digne d’une bande son de film à suspens. La tente-paréo fut là encore d’un grand secours. Le vent chaud s’y engouffrant nous donnant l’illusion d’un courant d’air.



Le paréo parasol


Moins efficace mais plus drôle






Le Devil’s Golf Course, non loin de là, est également constitué d’un mélange de boue et de sel. Cependant, le paysage y est totalement différent. C’est comme si de la boue en ébullition s’était tout à coup figée, laissant place à une succession de trous et de bosses. Très étrange. Personnellement j’y ai plus vu un paysage lunaire qu’un golf.



Devil's golf course



Nous ne nous sommes guère attardés et nous sommes dirigés vers un beau désert de sable blanc, les Sand Dunes. Celui qui vient à l’esprit de tout un chacun au mot désert. Celui que, par parenthèse, j’imaginais autour des pyramides du Caire lorsque j’étais en 6ème et qui s’est avéré être un désert de cailloux !



Sand Dunes


Le désert, qu’il soit de cailloux ou de sable, est fascinant car malgré les apparences, il regorge de vie. Vie en sommeil qui à la moindre trace d’humidité, jaillit comme par enchantement. Ainsi au mois de mars, les Angelinos aiment aller les admirer fleuris.


Il est donc clair qu’avant d’être la Vallée de la mort, ce fut sans doute la Vallée de la vie, regorgeant d’eau. Au delà de l’immensité et de la diversité des paysages, c’est une grande leçon d’humilité. Nous ne sommes que de tous petits êtres dont la durée de vie est insignifiante. Ce ne sont pas 5000 ans d’Histoire qui nous regardent mais la trace du temps sur des millions d’années. Les canyons nous rappellent que l’eau ruisselait et nous offrent une coupe géologique impressionnante. Il est aisé d’imaginer les rivières allant se jeter dans ce qui fut un lac et le lieu peuplé d’animaux.



Un autre canyon


Mais pour revenir à une échelle du temps plus humaine, on ne peut s’empêcher de penser à la Ruée vers l’Or, à ces fous furieux qui ont traversé ces lieux à cheval, sous un soleil de plomb, ne sachant pas où étaient les limites de cette fournaise. Et, à croire qu’une fois ne suffisait pas, d’autres expéditions s’y sont succédées, s’installant pour exploiter les minéraux et minerais de la Vallée. L’exploitation la plus connue étant celle du Borax transporté par 20 mules. Ils ne se sont donc pas contentés de traverser, ils se sont installés. Ils sont fous ces humains !


Et la nature n’a de cesse de rappeler sa toute puissance et son imprévisibilité. Ici, ce n’est pas l’homme qui domine mais la nature. En août 2005, des pluies torrentielles et inattendues ont fait des dégâts colossaux dans la Vallée de la Mort, emportant aux passages quelques touristes et leurs voitures, détruisant les routes et obligeant la fermeture du parc pour quelques mois. Et pourtant, nous prétendons toujours dominer !


Yiha !